Victorien Robert

Interview des professeurs : Victorien ROBERT

Découvrez l'interview de Victorien, ou comme on dit dans le métier : le Patrick Dempsey français. Il aurait pu être le prochain chirurgien en chef dans Grey's Anatomy mais il a préféré dire OUI au Cours Clément et offrir son univers théâtral à ses élèves. L'aventage de l'avoir comme professeur : il saura mettre un pansement si vous vous coupez avec les feuilles de votre texte !!

Depuis combien de temps es-tu prof ? Et prof au Cours Clément ?
2 ans, et en exclusivité pour le Cours Clément!

Quel est ton parcours théâtral ?
Je suis comédien depuis maintenant une bonne quinzaine d’années. Je touche un peu à tout, beaucoup au théâtre, pas mal à la mise en scène, de plus en plus à l’écriture et aussi un peu de fictions télévisées, de pubs, de voix, de lectures d’audiolivres. Il y a toujours quelque chose à jouer!

Je travaille depuis plusieurs années avec la compagnie Viva, actuellement dans "Le Dindon" et "Le Misanthrope", et je prépare pour l’an prochain la mise en scène de "Porn For The Blind", un spectacle que j’ai écrit.

Est-ce que tu te souviens de ton premier cours ? De ton premier spectacle ?
Pendant mon premier cours dans une école professionnelle, le prof nous demandait de traverser la salle en criant des trucs du genre « je déteste le chocolaaaat » et en engageant tout le corps. On a refait ça plusieurs semaines. Comme on était tous trop sérieux dans notre approche des choses, on ne comprenait pas qu’il nous demande juste de lâcher, d’oser être un peu fous, un peu moches, que c’est là que ça devenait intéressant.

Pour mon premier spectacle, c’était une pièce très décalée de Fernando Arrabal, et je portais une redingote et des talons aiguille. Vingt ans plus tard, je suis en tournée ans avec "Le Misanthrope" et je porte.... une redingote et des talons aiguille. Si c’est un signe, je veux bien une explication.

Meilleur / pire souvenir de théâtre ?
Ce n’est pas un souvenir de jeu. Mais le soir de la première pour ma première mise en scène. Ça s’appelait "Italienne Scène", de Jean-François Sivadier, et on ne savait pas du tout comment on serait reçus. Et ça a été un grand succès. Les gens pleuraient de rire dans la salle! Il est vraiment très agréable ce moment où on montre un spectacle au public pour la première fois, où on a le sentiment d’être allé au bout du projet.

Pire souvenir : Il y a quelques mois je jouais "le Dindon" au Théâtre Dejazet, dans un contexte de grève, donc avec très peu de public. Je reprenais le rôle principal, c’était seulement ma deuxième représentation, et un monsieur qui semblait avoir énormément bu s’est installé au premier rang et a réagi (très fort) à CHAQUE réplique du spectacle.

Moi j’ai très mal vécu tout cela. Je voulais qu’on arrête, j’avais l’impression que le public n’en pouvait plus. Mais à la fin, tout le monde était content, visiblement pour les gens le spectacle avait été aussi bien sur scène que dans la salle. Comme quoi on ferait mieux de ne jamais penser à la place des autres !

Une anecdote dingue / drôle ?
À Avignon, un copain tracte dans la rue. Tout à coup, un spectateur, qui attend sous le soleil pour entrer dans un théâtre, s’effondre, victime d’un infarctus. Mon copain improvise un massage cardiaque alors qu’il n’a jamais fait ça de sa vie. Je crois bien qu’il casse quelques côtes au passage, mais le monsieur reprend connaissance et survit. Et pendant tout ce moment, mon pote porte un T-shirt avec écrit en gros le titre du spectacle dans lequel il joue : "Le Médecin malgré lui".

Quel est l’esprit que tu essaies d’insuffler dans tes cours ?
Je veux de la légèreté et malgré tout de la rigueur. Que mes élèves, qui sortent souvent du boulot, n’aient pas le sentiment d’aller se coltiner un patron de plus, mais qu’ils soient en revanche dans une pratique artistique qu’ils peuvent prendre au sérieux. Pour résumer, on essaie d’apprendre le plus possible en rigolant aussi beaucoup.


Comment tu décrirais ton travail / ta méthode ?
J’essaie avant tout de travailler sur le lâcher-prise et la compréhension du texte. Bien savoir ce qui se joue et s’engouffrer dans des propositions fortes.

Je ne me dis jamais que, parce que la pratique est amateur, on doit en attendre moins de force et d’intensité.

Et ensuite je m’adapte à chacun. Le théâtre, se trouver sur un plateau, ça peut être assez violent, alors j’essaie d’être le plus encourageant, de noter à chaque fois les points positifs, les progrès. À force, je commence à connaître les exercices qui fonctionnent très bien et ceux qui sont moins bien reçus.

Enfin, autant que possible, mes cours ne se ressemblent pas. Certes, il y a toujours une partie de training, suivie d’un peu d’impro et enfin de travail de textes, mais je n’aime pas trop refaire les mêmes exercices.

Qu’est-ce que tu aimes monter comme spectacle ? Quel théâtre aimes-tu ?
Cette année j’ai écrit un spectacle pour un de mes groupes. On verra si je renouvelle l’expérience, mais c’était agréable d’écrire en pensant à des gens en particulier.

Ça m’a permis d’y glisser aussi bien des scènes drôles que des scènes plus chargées d’émotion, et également des scènes chorales. C’est un peu tout ce que j’aime, à vrai dire. J’aime le théâtre grave qui ne se prend pas au sérieux, et j’aime aussi les comédies intelligentes, qui vont chercher le rire un peu plus finement.

Et le texte aussi! Pourquoi parler comme on parlerait dans une cuisine avec ses potes? Pourquoi ne pas profiter de la scène du théâtre pour jouer des choses un peu écrites, accepter que la langue soit un peu riche?

Ce que tu aimes chez un comédien / une comédienne ?
Pour moi, la qualité première d’un comédien ou d’une comédienne, c’est sa disponibilité à faire les choses, à accepter de plonger et de faire confiance au metteur en scène, et ainsi de se laisser surprendre par ce qui arrive. J’aime bien quand les acteurs ont des idées, font des propositions, quand on construit le spectacle tous ensemble.



LE PORTRAIT « CLÉMENT » :

Si tu étais une pièce de théâtre ?
Peer Gynt d’Henrik Ibsen
Si tu étais un auteur de théâtre ? Wajdi Mouawad (mais quand on est une groupie on dit Wajdiiiiii)

Si tu étais un comédien / une comédienne ? Bon, je suis pas mal vexé par la question, parce que je croyais déjà être comédien, mais si je ravale mon orgueil, je suis secrètement amoureux de Jean-Pierre Bacri depuis des années.

Si tu étais un personnage ? Madame Bovary

Si tu étais un plat ? Des profiteroles au chocolat

Si tu étais un film ? The Lost City of Z, de James Gray

Si tu étais un livre ? La conjuration des imbéciles

Si tu étais une destination de vacances ? Juste une place de village dans n’importe quel petit patelin ensoleillé l’été. Des gens qui jouent à la pétanque. Mais pas moi parce que je suis super nul à la pétanque. Juste le bruit des gens qui y jouent. Une terrasse et surtout des copains.

Si tu étais une œuvre d’art ? Plutôt un Braque. Ou un Vasarely.

Si tu étais un super pouvoir ? Arrêter le temps

Si tu étais une réplique de film / théâtre ou citation ? "Je me suis rarement perdu de vue; je me suis détesté, je me suis adoré; puis nous avons vieilli ensemble" (Paul Valery)

Si tu étais un personnage de Friends ? Gunther, le serveur amoureux de Rachel. La nuit je pense qu’il fait des trucs bizarres et pourtant terriblement romantiques, comme reconstituer des portraits d’elle avec des Tic Tac, ou collectionner les mugs sur lesquels elle a laissé son rouge à lèvres. Il aurait du y avoir un spin-off sur ce personnage, enfin ce n’est que mon avis.

Si tu étais un sport ? La marche sportive. Pour le déhanché évidemment.

Michel Sardou ou Johnny Hallyday ? Johnny !

Messi ou Cristiano Ronaldo ? Messi... mais de plus en plus Ronaldo (et ça me fait mal de l’admettre bordel)

Koh Lanta ou Top Chef ? Je n’ai pas la télé, je fais comme si je connaissais chaque fois qu’on me parle des ces émissions mais j’ai pas vu un épisode de Koh Lanta depuis 2007.

Film ou série ? Une bonne série. Mais avec une vraie fin.

Fiction ou réalité ? Réalité, parce que la vie a beaucoup plus d’imagination que nous!

Boire ou conduire ? Je bois beaucoup mieux que je ne conduis.

Adam ou Eve ? Ève, bien sûr. Les hommes, quand ils passent à l’action, sont tout juste bons à se coincer un morceau de pomme dans la gorge.

César, Oscars, Molière ou Palme ? Allez je prends la Palme, mais c’est vraiment parce que c’est vous.

Comédie ou Tragédie ? Tragédie. Mais j’aime rire hein ahah je suis pas du tout un comédien torturé ahahah (rire de malaise)

Monologue ou Dialogue ? Dialogue.

Improviser ou suivre le texte ? Suivre le texte (bordel)

Sexe ou amour ? Le sexe AVEC de l’amour, c’est vraiment ce qu’il y a de mieux.